La CEDEAO fait face à une crise suite au départ du Mali, du Burkina Faso et du Niger, qui forment l’Alliance des États du Sahel. Ces pays critiquent la CEDEAO pour son alignement sur des puissances étrangères et son manque d’attention aux populations ouest-africaines. Le député sénégalais Guy Marius Sagna lors d’une séance houleuse ce samedi 20 juillet 2024 a secoué l’institution avec des déclarations fracassante au Parlement de la CEDEAO, appelant à une réforme profonde pour répondre aux aspirations des peuples.
Lire ci-après, la transcription réalisée par #BurkinaOnline un extrait de son intervention
«Ma première question est celle-ci. dans l’un des rapports, il est mentionné qu’il y a 16 939 428 millions de dollars que des donateurs ont donné à la CEDEAO pour des infrastructures routières. Ma question est, qui sont ces donateurs? Mon deuxième propos est celui-ci. Peut-être que nous, CEDEAO, nous regardons le monde, l’Afrique et nos propres pays avec les yeux de nos donateurs. Certains se posent la question, pourquoi cette route va jusqu’au Cameroun? Peut-être que c’est l’intérêt des donateurs et pas l’intérêt de la CEDEAO.
Certains parmi nous se posent la question de savoir, pourquoi MTN, il faut y ajouter Orange, France Télécom, fait une puce au Nigéria, une autre puce différente au Sénégal, une autre puce différente au Mali, une autre puce différente au Togo et au Bélin, etc. Et on se demande pourquoi ça? Mais parce que c’est l’intérêt du donateur. Mais parce que nous n’osons pas faire ce que font les États-Unis. Les États-Unis ont créé les États-Unis d’Afrique (Amérique NDLR). Mais chez nous, chacun veut être président chez lui. Chacun veut être président du Parlement chez lui. Chacun veut être député chez lui. Chacun veut être ceci ou cela chez lui, au détriment des intérêts du peuple de l’Afrique de l’Ouest. Voilà pourquoi nous n’aurons pas des puces comme les États-Unis. Voilà pourquoi nous n’aurons pas des routes comme les États-Unis. Parce que nous regardons le monde avec les yeux de nos donateurs.
Et quand on lit ces rapport, on à l’impression de lire des rapport du FMI et de la banque mondiale, les rapport de l’ordonnateur qui nous parle de taux de croissance, déficit, de machin, de truc. Au lieu de regarder le monde et l’Afrique avec nos yeux d’Africains de l’ouest.
Taux de croissance! tout de croissance! Une croissance extravertie qui est mangée en dehors de l’Afrique.
C’est pour ça qu’on nous annonce que nous avons 49 millions de citoyens qui vont être menacés de soudure. Ils n’auront pas à manger. 16 millions d’enfants de moins de 5 ans. C’est pas nos enfants. Ce ne sont pas nos enfants. Si c’était nos enfants, on n’allait pas accepter 3 minutes de temps de parole. C’est parce que ce ne sont pas nos enfants qui sont menacés de malnutrition aiguë que nous acceptons 3 minutes. Et c’est ça qu’il faut changer.
Thomas Sankara disait, si le Burkina Faso refuse seul de payer la dette, à la prochaine conférence de l’OUA, je ne serai pas là. Mais si, cette CEDEAO là ne change pas fondamentalement, à la 7e législature, il n’y aura plus de parlement de la CEDEAO. Il y a des ruptures à opérer. Aujourd’hui, ce qu’on devait dire, c’est, la CEDEAO, quel pourcentage de sa population arrive-t-elle à nourrir ? Et quel est l’autre pourcentage qui vient de l’extérieur de la CEDEAO? Et d’ici les 5 ans, comment on fait pour régler ça ? D’ici les 10 ans, comment on fait pour régler ça ?
Au Sénégal, on importe pour 200 à 300 milliards de francs CFA de blé par an. Combien au Mali ? Combien au Togo ? Combien en Gambie ? Combien en Guinée et au Cap-Vert ? On parle de sécurité alimentaire, mais il faut aller vers la souveraineté alimentaire. Parce que la sécurité alimentaire, c’est quoi ? L’essentiel, c’est que nos populations mangent, peu importe si ce qu’elles mangent vient de la France, vient des États-Unis, de la Chine ou de la Russie. On reste dépendants. Or, la CEDEAO doit aller vers la souveraineté. Et c’est ça que la jeunesse africaine hurle, et crie. Et nous, nous restons sourds à cette jeunesse. Nous restons sourds à ces femmes. Si nous continuons à rester sourds, il n’y aura pas de 7e législature. Cette 6e législature risque d’être la dernière. Je ne le souhaite pas de la CEDEAO. Il faut changer ces rapports. Il y a des rapports qui sont coupés. On ne voit pas la fin des phrases. On ne voit pas la partie droite. Il faut les changer. Il faut les recommencer et les redistribuer à ces distingués parlementaires.
Monsieur le Président, dans mon pays, et je crois que c’est la même chose dans vos pays, aucun directeur n’ose venir à l’Assemblée nationale pour parler avec les députés. Dans mon pays, si le ministre ne vient pas, personne ne vient. Pourquoi est-ce que nous avons trois directeurs, zéro commissaire aujourd’hui ? Je suis sûr qu’ils sont intelligents. Je suis sûr qu’ils sont compétents. Je ne refais pas en cause leurs compétences. Mais au nom de quoi les commissaires ne viennent pas pour s’adresser à nous et nous recevons des directeurs ? Dans mon pays, ça n’existe pas. Le ministre vient par la f0rce pour respecter la représentation nationale. Nous représentons les peuples de la CEDEAO. S’ils n’ont pas notre temps, ils auront le temps de qui ? Ce n’est pas Guy Marius qui est là. C’est le peuple sénégalais qui est là. Ce n’est pas Koné qui est là. C’est le peuple ivoirien qui est là. Ce n’est pas Chérif qui est là. C’est le peuple gambien qui est là. Ce n’est pas Fanta Conté qui est là. C’est le peuple guinéen qui est là. S’ils n’ont pas le temps du peuple guinéen, ils auront le temps de qui et de quoi ? Il faut des ruptures. Il faut changer cela. Je vous remercie.»
Guy Marius Sagna, député de la 14eme législature sénégalaise, député CEDEAO , fondateur du Front pour une révolution anti-impérialiste, populaire et panafricaine (Frapp-France dégage). Membre du Pastef, Il a été pressenti à un moment donné pour être une alternative crédible pour succéder à Ousmane Sonko (qui était incarcéré) comme potentiel candidat à la présidentielle sénégalaise.
Source : burkinaonline.net

