Édito : Maliba 🇲🇱🇲🇱🇲🇱🫡🫡🫡💪💪💪

Je me souviens très bien de ce qu’on disait de Kidal. Ce n’était même plus une ville malienne dans l’esprit de certains. C’était devenu un territoire à part. Une enclave intouchable, interdite, presque mythifiée. Année après année, on y passait comme on contourne un point sensible sur une carte. Même avec toutes les forces étrangères présentes, même avec des décennies de présence militaire internationale, rien n’y faisait.

Et pourtant. Ce sont bien les forces maliennes, sans renforts extérieurs, qui ont repris Kidal. Non pas dans le vacarme des caméras, mais dans la concentration, la détermination et l’endurance. Cette ville considérée comme perdue est de nouveau sous contrôle national. Et cela ne doit pas passer inaperçu.

Ce n’est pas une anecdote. C’est un basculement. C’est un précédent. Et c’est une réponse claire à tous ceux qui, pendant des années, ont traité les armées africaines comme de simples accessoires dans leur théâtre géopolitique.

Les exemples ne manquent pas. Tessalit. Anefis. Bourem. Des localités reprises, tenues, consolidées. Pas avec des fanfares, mais avec de la sueur, du sang, et un engagement sans relâche.

Alors oui, parfois, des hommes surgissent de la brousse, armés, sur deux ou trois motos. Ils viennent brûler un véhicule, faire feu sur un check-point, troubler une zone. Ils filment, ils postent, ils amplifient. Et tout à coup, les doutes réapparaissent. La peur circule. Les gens s’affolent. Mais c’est là leur vrai objectif. Ce n’est pas le feu qu’ils mettent. C’est le poison qu’ils sèment. Ils ne cherchent pas la victoire militaire. Ils cherchent à casser la confiance entre l’armée et son peuple.

Et si le peuple ne comprend pas ce piège, alors il devient lui-même complice malgré lui. Car il suffit parfois d’un seul commentaire mal placé, d’un seul partage hâtif, d’un seul doute exprimé en public, pour affaiblir ceux qui, pendant ce temps-là, tiennent une ligne quelque part, dans le froid ou sous le soleil, avec très peu, mais avec dignité.

Il est temps que cela s’arrête. Il est temps que les civils sachent qu’ils sont la dernière ligne arrière. Quand un soldat lit un message de soutien, il se redresse. Quand il voit que son peuple croit en lui, il se dépasse. Mais quand il sent que l’opinion commence à se fissurer, quand il entend les accusations surgir avant même que la poussière ne soit retombée, alors il porte un poids de plus. Et ce poids, il n’est pas toujours visible, mais il pèse lourd.

Regardez bien ceux qui parlent contre l’armée. Ceux qui dénoncent, sans preuves, à chaque opération. Les mêmes qui n’ouvrent pas la bouche quand des civils sont tués par des groupes armés. Les mêmes qui détournent les yeux quand des commerçants sont braqués, des chauffeurs égorgés, des femmes déplacées, des villages incendiés. Ils ne condamnent rien. Parce qu’ils ont choisi leur camp.

Et ces médias étrangers, toujours prêts à scruter les moindres faits et gestes des armées africaines, restent curieusement muets lorsqu’il s’agit de nommer les actes terroristes pour ce qu’ils sont. On ne les entend pas quand des villages sont attaqués, quand des civils sont massacrés, quand des enfants disparaissent. Mais qu’une opération de reconquête soit lancée, et voilà que les grands titres s’éveillent, les indignations pleuvent, les rapports anonymes surgissent.

C’est une stratégie. Une vieille recette. On laisse les groupes armés agir. On reste flou sur les mots. Mais quand une armée nationale tente de restaurer l’ordre, on parle d’exactions présumées, de bavures possibles, de menaces sur les droits. C’est une manière de rendre suspect tout effort de souveraineté. Une manière de maintenir un pays sous pression morale.

Alors je le dis avec calme : quand les prochaines opérations auront lieu, il faudra se souvenir de ce moment. Se souvenir de Kidal. Se souvenir de ce qui a été repris. Se souvenir que le doute, parfois, est plus corrosif qu’une balle. Et que chaque parole injuste, chaque accusation infondée, chaque silence complice peut saboter ce que des hommes ont construit au prix de leur vie.

Je ne suis pas Malien, je suis sahélien et je sais reconnaître une ligne qui se tient. Je sais ce que cela coûte à une armée de ne pas céder. Je sais ce que cela signifie pour un pays d’arracher morceau par morceau ce qu’on lui avait presque interdit d’espérer.

Alors que ceux qui veulent raconter autre chose racontent. Ceux qui savent, savent.
Et ceux qui résistent, continueront.

Ibrahima Maiga

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