Histoire : L’origine des Traoré de Sikasso.

Les membres de la famille Traoré de Sikasso, résidant à Bamako ont tenu une rencontre qui s’est déroulée le samedi 6 août 2022 au Mémorial Modibo Keïta à Bamako pour expliquer l’origine des Traoré de Sikasso. Cette rencontre a enregistré la présence de plusieurs membres de cette famille. 


Selon les organisateurs, les Traoré de Sikasso, viennent du Mandé. Le terme Traoré vient de « Tara= a été ; wélé=appelé. Il s’agit d’un homme appelé Touramankan, un homme brave. Quand les envahisseurs sont venus pour attaquer le Mandé, il a été appelé pour contrer les envahisseurs. Un de ses descendants qui avait le même nom, d’ou Touramankan fitini(petit), s’est montré aussi brave, les griots ont fait son éloge en disant que : « Ton grand-père Touramankan Koroba(ancien) a été appelé pour la bataille, il a gagné, et toi, tu as été appelé pour la bataille, tu as gagné », « I tarawélé ».

Adama Traoré est l’un des initiateurs de cette rencontre, répond à nos questions.


-Quelle est la symbolique de cette rencontre ?

  • La symbolique c’est de réunir la famille Traoré, pour que nous puissons connaître l’histoire de la famille depuis le départ du Mandé jusqu’à Sikasso. Parce que les écrits des historiens, il y a des trous. Le but est de savoir ce que les traditionalistes ont comme origines et l’histoire de cette famille en vue de faire une comparaison avec ce qui a été écrit par les historiens de tradition occidentale. Donc, c’est cette opportunité qui nous a poussée à réunir aujourd’hui avec les chercheurs du mouvement N’ko, les griots de parler sur ce qui est écrit dans les annales du mouvement N’ko comme étant l’origine et l’évolution de la famille Traoré du Mandé à Sikasso.
  • Donc vous êtes animés par l’esprit de réhabiliter cette belle histoire ?
  • C’est de réhabiliter cette histoire mais de l’autre raconter, parce qu’il ne faudrait pas que l’initiative soit laisser aux occidentaux seulement qui nous apprennent notre histoire mais comment nous-mêmes, nous racontons notre histoire ? Comment nous la partageons ? C’est ça aujourd’hui la réalité. On ne sait ce qui a été écrit par les historiens mais la meilleure des meilleures c’est nous-mêmes. Comme on le dit « Tant que les lions n’auront pas leurs historiens, les parties de la chasse sera belle aux hommes ». C’est à nous maintenant de nous approprier de notre histoire, de la raconter non pas comme les autres la veulent mais comme nous l’avons sentie et comme nous la pensons aussi.
  • Donc une prise de conscience?
  • Absolument, c’est tellement important pour la famille aujourd’hui et dans le contexte où nous sommes, il est très intéressant que nous approprions de notre histoire. Babemba , comme les autres rois du Kénédougou demeurent des exemples pour nous aujourd’hui, li sera intéressant dans cette dynamique de refondation d’interroger notre histoire et de savoir quelle a été cette prise de conscience qui les a amené à dire non à la France, à couper cette vision générale de colonisation. L’exemple de Sikasso pourrait être enseigner de pouvoir nous servir dans la posture qui est la posture notre aujourd’hui face à la géopolitique mondiale.

Nouhoum Traoré, personne ressource de la famille Traoré, nous donne aussi des précisions.


– Que peut-on retenir par rapport à cette importante rencontre ?


– Il faut toujours que les gens comprennent, raconter l’histoire qu’il y a la légende et il y a l’histoire. Les gens confondent les deux, pour nous, nos ancêtres ont participé à installer ce pays. Depuis Kaya Maghan Cissé, le Sosso et après le Mandé. Mandé, la tradition et la lecture qu’on le faite, parce que l’histoire chez nous, elle n’est pas écrite, c’est de bouche à oreille, « Ma: veut dire Dieu, Dé=Den: veut dire homme ». Pour nous Touramankan était dans un collectif et ce collectif à travailler et faire en sorte que l’ensemble de ce groupe reste ensemble, trouve un lieu où ils peuvent s’installer ensemble, gérer ensemble de personnes qui les accompagnent ou bien qui vont trouver sur place. Il faut le reconnaître que la participation de Touramankan dans la cosmologie de l’histoire du Mandé, revient toujours à Sogolon. De fait qu’ils ont tué le « Do », c’était la grand-mère de Sogolon. Ils ont remis Sogolon au père de Soundiata comme épouse et qu’il va avoir un enfant avec cette femme qui va commander le Mandé. C’est ce lien sacré qui existe entre les Traoré et les Keïta.

– Quelle appréciation faites-vous de cette tribune qui vise à réhabiliter notre histoire ?

– À la croisée des chemins, il est impossible aujourd’hui de faire avancer le Mali sans nos petits enfants, nos enfants et si nous-mêmes ne s’approprient l’histoire de ce pays. Parce que l’histoire nous avons sur nos papiers, c’est l’histoire racontée par ceux qui nous ont colonisés. Mais nous qui avons été colonisés, on nous a jamais donner la chance d’écrire ce que nous sommes. Il est temps que les Maliens prennent et racontent leurs vraies histoires. Il n’aura pas de vrai citoyen Malien tant que nous ne maîtriserons pas ça. Parce que, ça commence par l’homme, la famille, le quartier, le village et le pays. Hors cette démarche logique des liens géographique, sociologique, anthropologique, ethnologique a disparu dans tous nos discours. Hors il est clair que dans ce mélange que nous sommes, on est tous des métis, qui né de peulh, qui né bobo, sénoufo, etc. Ce lien et les raisons de ce lien sacré n’ont pas été vivifiés. Les Touramankan ont commencé en Guinée, à Toro. Et chaque jour, il y a un sacrifice, parce que c’est leur tente qui se sacrifie, pour qu’il soit. Et ce lien sacré existe entre nous et la Guinée. Quand on dit que c’est deux poumons dans un même corps, c’est ça la vérité historique mais on le détaille pas. Mais les Traoré sauvent ce qui les lie aux Camara, aux Doumbia, Keïta, Cissé, Touré, à toutes les chambres des Niamakala. Ce n’est pas un fait au hasard, le Kurukan fuka dont on parle, c’était un lieu où on a mis le pays en place, nous sommes exactement dans cette partie du monde aujourd’hui et nous sommes entrain de revoir l’histoire de ce pays de le remettre en place, de le faire debout et le faire marcher, pour que nos enfants comprennent et nous avons l’obligation de raconter l’histoire à nos petit-fils et, nos petit-fils auront l’obligation de la raconter. Qu’est ce qu’ils vont raconter si nous on parle pas, n’écrit pas? On demande à nos historiens, à tous ceux qui sont intéressés à la sociologie, à anthropologie qu’ils comprennent et parlent à ce peuple de lui dire qui il est et sans honte, il n’y a pas de peuple dans ce pays qui soit un sous peuple. Nous sommes tous égaux, on nous a tous considéré égaux depuis le début de l’histoire. Mais malheureusement après ça, le colon est venu, ce qui se passe aujourd’hui, s’est passé exactement en 1847, exactement le même scénario. On nous a opposé, on s’est battu entre nous, on s’est entretué et après ç’a donné la colonisation. Et ils veulent qu’on accepte ce système, aujourd’hui. Nous remercions ceux qui sont à la tête de ce pays d’avoir révéler, remis en œuf l’histoire que ce pays a connue. Aujourd’hui, on se sert des richesses du sous-sol pour nous combattre, nous devons comprendre ça, que ce n’est pas nouveau, c’est un fait historique qui se répète. Le fait que nous sommes debout, relève de la position de Babemba, d’Askia, de Sirune, nous n’accepterons jamais d’être soumis.


Décryptage Nouhoum Dembélé Tél: 73-11-16-18

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