Le projet de l’Eco, la monnaie unique de la CEDEAO, est programmé pour un lancement progressif à partir de 2027 afin d’unifier l’espace monétaire ouest-africain et de stimuler les échanges commerciaux régionaux.
Un projet historique face aux défis économiques.
L’idée d’une monnaie commune pour les pays de la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ne date pas d’hier. Évoquée depuis plusieurs décennies, cette ambition a subi de multiples reportages en raison des divergences structurelles entre les 15 pays membres. Le projet vise à terme à remplacer des devises variées comme le franc CFA, le naira nigérian ou le cedi ghanéen par une entité monétaire unique.
Les principaux enjeux de l’intégration.
L’instauration de l’Eco soulève plusieurs enjeux majeurs pour la région :
• La fluidité du commerce intra-régional : Supprimer les frontières de change entre les pays de la zone permettrait aux commerçants et aux entreprises de réaliser des transactions sans frais de conversion.
• La souveraineté monétaire : Pour les pays de l’UEMOA utilisant le franc CFA, l’adoption de l’Eco symbolise une rupture avec les mécanismes hérités de l’époque coloniale, bien que la transition exacte et la garantie de la nouvelle monnaie fassent encore l’objet de débats politiques et techniques.
• La convergence macroéconomique : Le respect des critères fixés par la CEDEAO (comme un taux d’inflation maîtrisé et un déficit budgétaire limité) reste difficile pour de nombreux États, limitant initialement le lancement aux pays les plus prêts.
En réalité, le passage à l’Eco, la future monnaie unique de la CEDEAO, implique des transformations structurelles radicalement différentes selon que les pays appartiennent déjà à une union monétaire stable (pays de l’UEMOA) ou qu’ils gèrent leur propre devise nationale (pays hors UEMOA).
En fait, deux visions économiques et régimes de change s’opposent au cœur des négociations régionales.
- Pour les pays membres de l’UEMOA (Zone Franc CFA).
Pour les huit États utilisant déjà le Franc CFA, l’adoption de l’Eco représente un enjeu de souveraineté, mais aussi un risque de déstabilisation de leur modèle économique actuel : • Le passage à la flexibilité : L’UEMOA bénéficie historiquement d’une inflation très basse (souvent inférieure à 3 %) grâce à l’arrimage fixe du Franc CFA à l’Euro. La CEDEAO privilégie pour l’Eco un régime de change flexible (flottant). Ce changement pourrait exposer les économies de l’UEMOA à une plus grande volatilité des prix et à des risques d’inflation importée.
• La rupture institutionnelle : L’émergence de l’Eco de la CEDEAO requiert la mutualisation complète des réserves de change au sein d’une nouvelle banque centrale commune. Cela signifie l’abandon des derniers mécanismes de garantie financière historiquement liés au Trésor français, une exigence de souveraineté partagée par les pays anglophones.
• Une balance commerciale mise à l’épreuve : Des études économiques indiquent que l’unification monétaire globale pourrait stimuler massivement les importations en provenance des géants de la sous-région (comme le Nigeria), creusant potentiellement le déficit commercial de certains petits États de l’UEMOA. - Pour les pays hors UEMOA (Zone ZMAO & Nigeria).
Cette zone regroupe des pays aux devises indépendantes et fluctuantes, dominée économiquement par le Nigeria (Naira) et le Ghana (Cedi). Pour eux, les impacts sont d’une autre nature : • Une discipline budgétaire contraignante : Contrairement à l’UEMOA, les pays de la Zone Monétaire d’Afrique de l’Ouest (ZMAO) connaissent fréquemment des taux d’inflation à deux chiffres et de forts déficits publics. Se conformer aux critères de convergence rigoureux de la CEDEAO (déficit public inférieur à 3 % du PIB, inflation sous les 10 %) impose à ces gouvernements des politiques de rigueur budgétaire strictes.
• L’ancrage de la stabilité : L’intégration dans l’Eco permettrait à ces pays d’éliminer les crises régulières de dévaluation de leurs monnaies nationales. Cela stabiliserait le pouvoir d’achat interne et redonnerait de la prévisibilité aux investisseurs internationaux.
• La fin des barrières avec le marché francophone : Pour le Nigeria et le Ghana, l’éco supprime le coût de conversion monétaire avec le bloc francophone, facilitant l’accès direct de leurs entreprises à un marché de consommation unifié et élargi.
Les scénarios de mise en œuvre.
Pour tenir l’échéance de 2027, les experts estiment qu’un déploiement à deux vitesses ou une mise en service d’abord scripturale (dans les comptes des banques centrales) est privilégié. La diversité des économies, dominée en grande partie par le poids du Nigeria, demande une coordination rigoureuse pour garantir la stabilité des prix et la confiance des populations dans cette future devise.
En définitive, l’Eco constitue un défi géopolitique et économique historique pour l’Afrique de l’Ouest, dont le succès dépend de la capacité de la CEDEAO à surmonter ses divisions d’ici l’horizon 2027. Ce projet ambitionne de dynamiser le commerce régional et d’affirmer la souveraineté monétaire de la zone en unifiant des économies diverses.
Bakary Coulibaly
Économiste-Fiscaliste
Consultant en Fiscalité Américaine
Expert Judiciaire, SGA de l’Ordre National des Experts Judiciaires du Mali.

