L’ONU n’est pas structurellement obsolète, mais elle traverse une crise existentielle majeure et subit une paralysie politique sans précédent.
Si sa mission historique de maintien de la paix est de plus en plus contestée face aux conflits modernes, son utilité reste jugée indispensable par de nombreux observateurs, notamment à travers ses agences humanitaires et son rôle de plateforme de dialogue mondial.
Pour comprendre le débat actuel sur son efficacité en septembre 2026, il convient d’analyser les arguties sur son caractère d’obsolescence à ceux qui défendent sa nécessité:
Une structure dépassée?
• Paralysie du Conseil de sécurité : Le cœur du problème réside dans le droit de veto des cinq membres permanents (États-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni). Hérité de la géopolitique de 1945, ce système bloque systématiquement toute résolution contraignante dès lors que les intérêts de l’une de ces superpuissances sont en jeu (comme dans les conflits en Ukraine, à Gaza ou en Syrie)
• Crise financière et austérité : L’organisation fait face à un assèchement de ses caisses. La réduction des financements par de grands contributeurs, notamment les États-Unis, a forcé le Secrétaire général António Guterres à mettre en place des plans d’austérité stricts (« UN 80 »), limitant drastiquement les capacités d’action sur le terrain.
• Inadaptation aux nouvelles menaces : Conçue pour gérer des conflits interétatiques classiques, l’ONU peine à répondre efficacement aux guerres asymétriques, au terrorisme, aux cyberattaques et au glissement vers un monde multipolaire.
• Déficit de représentativité : Des continents entiers, comme l’Afrique ou l’Amérique du Sud, ne possèdent aucun siège permanent au Conseil de sécurité. Cette injustice pousse de nombreux dirigeants, à l’instar du président du Ghana John Mahama, du président turc Recep Tayyip Erdogan, ou du président Brésilien Lula à réclamer d’urgence une refonte globale sous le slogan historique « le monde est plus grand que cinq ».
Un outil irremplaçable?
• Le pilier humanitaire indispensable : Si la diplomatie politique piétine, le bras humanitaire de l’ONU fonctionne quotidiennement. Des agences comme le le Haut Commissariat pour les réfugies (HCR), et le Programme alimentaire mondial (PAM) ou l’UNICEF sauvent des millions de vies en apportant des soins, de la nourriture et un abri dans les zones de crise.
• L’unique forum multilatéral universel : L’ONU reste la seule enceinte mondiale où 193 États membres peuvent s’asseoir à la même table pour dialoguer. Elle demeure essentielle pour ratifier des traités internationaux, définir le droit de l’espace, réglementer les télécommunications ou coordonner les objectifs climatiques.
• Une faillite des États plutôt que de l’institution : De nombreux experts rappellent que l’ONU n’est que le reflet de la volonté politique de ses membres. L’organisation n’a pas de pouvoir supranational ; son impuissance découle directement du manque de coopération et du souverainisme des grandes puissances.
En définitif, l’ONU est une institution à réformer plutôt qu’à supprimer.
L’ONU ne souffre pas d’une obsolescence de ses idéaux originels (paix, droits humains, justice), mais d’une obsolescence de ses modes de gouvernance. Plutôt que sa disparition, c’est sa mise à jour qui est jugée indispensable pour éviter qu’elle ne devienne une simple spectatrice du chaos mondial.
Maître Bakary Coulibaly
Expert Judiciaire agrée auprès des Cours et Tribunaux du Mali.
SGA de l’Ordre des Experts Judiciaires du Mali.

