L’orpaillage Clandestin au Mali: Une Activité Destructrice de l’Eco-système.

L’orpaillage clandestin et mécanisé au Mali constitue une menace écologique, économique et sociale majeure qui exige une reprise en main urgente de la souveraineté sur nos ressources.

Le paradoxe de l’or : bénédiction ou malheur ?
Un secteur vital : Plus de 400 000 personnes travaillent directement dans l’orpaillage artisanal, faisant vivre des millions de Maliens face au chômage et à la pauvreté.

La dérive mécanisée : L’arrivée d’engins lourds (excavatrices, bulldozers) et de dragues sur les lits des fleuves (comme la Falémé et le Niger) a transformé une activité de subsistance en un pillage industriel non réglementé.

Un désastre environnemental et sanitaire.
L’asphyxie des écosystèmes : Les cours d’eau sont ravagés, la faune aquatique est décimée et les terres arables sont détruites par des exploitants sans scrupules.

Le poison chimique : L’usage massif et incontrôlé de produits toxiques comme le mercure et le cyanure empoisonne les sols, l’eau et les populations riveraines à long terme.

Vers la reconquête de l’or national.
L’impératif de régulation : L’État et les initiatives récentes comme l’Office malien des substances précieuses cherchent à encadrer le secteur pour capter une plus grande part de la production d’or qui échappe aux circuits officiels.

L’action répressive : La mise en place d’une brigade spéciale de lutte contre l’orpaillage illégal est un signal fort, mais elle doit s’accompagner d’une implication des autorités locales et coutumières pour protéger durablement notre patrimoine commun.

En fait, l’orpaillage clandestin subit une transformation profonde sous l’impulsion de réformes institutionnelles et d’actions concrètes sur le terrain.

L’agonie de la Falémé et du fleuve Niger.
La mécanisation sauvage de l’orpaillage (via excavatrices et dragues) asphyxie les cours d’eau. Le cas de la Falémé, affluent du fleuve Sénégal formant la frontière avec le Sénégal, est critique : son lit mineur subit une dégradation si avancée que le cours d’eau est considéré à l’agonie.

  • Pollution transfrontalière : Les rejets massifs de mercure et de cyanure empoisonnent les écosystèmes partagés. Face à cela, des interventions de la Police aux Frontières et des armées des deux côtés ciblent la destruction systématique par le feu des dragues illégales (comme à Wassagara ou Koulikoro).
  • Impact sociétal : Les terres arables détruites forcent l’arrêt des activités agricoles traditionnelles. De plus, la pauvreté et la fermeture d’écoles poussent des milliers d’enfants vers un travail dangereux au sein de ces mines informelles.

Reprise en main économique et régulation fiscale.
Sur le plan financier, l’État a décidé d’endiguer la fuite des capitaux. Entre 2012 et 2022, plus de 300 tonnes d’or artisanal sont sorties illégalement du pays, représentant un manque à gagner fiscal estimé à 13,5 milliards de dollars.
L’architecture réglementaire repose désormais sur deux piliers :

OMASP (Office Malien des Substances Précieuses):
Créé par le gouvernement et validé par le CNT, cet office régule et centralise les comptoirs d’achat. L’objectif est d’assurer la traçabilité complète de l’orpaillage et de capter au moins 70 % de la production artisanale qui échappait au circuit officiel.

Raffinerie Locale & Souveraineté:
En lien avec de nouvelles orientations et des infrastructures comme la raffinerie de Sénou, l’État cherche à raffiner le métal brut sur place pour maximiser la valeur ajoutée au lieu de l’exporter illégalement vers les hubs internationaux.

Brigade Spéciale des Mines:
Déployée en tant que police judiciaire du secteur minier, elle est habilitée à inspecter les sites, à poursuivre les exploitants illégaux et à saisir ou détruire les engins lourds non autorisés.

Suspension Hivernale
L’arrêté annuel interdisant l’orpaillage du 15 juin au 30 septembre est appliqué de manière stricte pour limiter les éboulements tragiques pendant l’hivernage et donner un répit écologique aux sols.

En définitive, la lutte contre l’orpaillage clandestin au Mali s’impose comme un enjeu crucial de souveraineté nationale et de sécurité économique. La pérennité des résultats dépendra de la capacité à offrir des alternatives socio-économiques viables aux communautés locales tout en protégeant les écosystèmes.

Maître Bakary Coulibaly
Expert Judiciaire agréé auprès des Cours et Tribunaux du Mali.
SGA de l’Ordre des Experts Judiciaires du Mali.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *