Mali : Soixante-six ans après, le prix de la souveraineté

Ce 22 septembre 2026, les boulevards de Bamako résonnent d’un écho particulier. Soixante-six ans après que le président Modibo Keïta a proclamé l’indépendance du Mali, notre drapeau tricolore flotte sur un pays en pleine métamorphose. Longtemps confinée aux célébrations protocolaires, cette commémoration s’impose aujourd’hui comme un moment de vérité : l’indépendance n’est plus un acquis historique figé dans le passé, mais une reconquête quotidienne, coûteuse et exigeante. À la croisée des chemins, le Mali fait face à son destin à travers deux piliers indissociables : la sécurité territoriale et le développement économique.

Le bouclier sahélien : Une sécurité endogène
Pendant plus d’une décennie, le Mali a vu sa souveraineté contestée, son intégrité menacée par le fléau du terrorisme. Aujourd’hui, le paradigme a changé. La montée en puissance des Forces Armées Maliennes (FAMa) n’est plus un slogan de propagande, mais une réalité de terrain. Grâce à un réarmement stratégique et moral, l’État réinvestit des pans entiers de son territoire.
Mais la grande nouveauté de cette 66ème année réside dans l’ancrage de l’Alliance des États du Sahel (AES). Face à des menaces transfrontalières, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont compris qu’aucune puissance extérieure ne verserait son sang à leur place. Cette architecture de défense commune, dictée par une vision endogène de la sécurité, jette les bases d’une stabilité durable. Certes, les défis restent immenses, les embuscades meurtrières rappellent que la paix est un combat de longue haleine, mais le bouclier est désormais en place.

L’économie de la refondation : Briser le pacte colonial
Une souveraineté militaire sans indépendance économique n’est qu’une illusion. Sur ce front, les chiffres récents apportent un démenti cinglant aux prophètes du chaos. Malgré l’asphyxie financière tentée par certains blocs, l’économie malienne affiche une résilience spectaculaire, avec une croissance du PIB établie à 5,6 % et des projections ambitieuses frôlant les 6 %.
Cette dynamique est le fruit d’un choix politique fort : la réappropriation de nos richesses.

Le sursaut minier : L’or brille enfin plus juste pour les Maliens. Grâce à l’application stricte du nouveau Code minier, l’État a mis en place un levier inédit : le Fonds de réalisation des infrastructures. Alimenté directement par les compagnies minières, ce fonds a déjà mobilisé 109,14 milliards de FCFA. Cet argent n’alimente plus des comptes offshore ; il finance à présent les routes, le réseau de distribution d’eau et le désenclavement de nos bassins agricoles.

Le pari de l’or blanc et vert : Le pays ne se contente plus d’extraire. Premier producteur de coton de la sous-région, le Mali accélère la transformation locale de ses matières premières pour créer des emplois industriels durables.

Le Titan du Lithium : Le sous-sol malien s’impose comme un acteur incontournable de la transition énergétique mondiale. Avec les opérations des gisements géants de Goulamina et de Bougouni, le Mali s’apprête à injecter 590 000 tonnes de lithium sur le marché global, se positionnant en tête de file sur le continent africain.

Le temps de la maturité
Soixante-six ans, c’est l’âge de la maturité pour une nation. Le chemin est encore semé d’embûches : la crise énergétique nationale qui pèse sur nos entreprises et le quotidien des Maliens rappelle l’urgence de moderniser nos infrastructures électriques. L’inflation doit rester maîtrisée et la gouvernance doit poursuivre sa mue vers une rigueur absolue.

Toutefois, en ce 22 septembre, l’éditorial de l’histoire retiendra que le Mali a cessé de subir. En liant sa sécurité à une intégration économique sahélienne solidaire et en finançant ses propres projets d’avenir, le pays renoue avec le serment de 1960. La refondation est en marche, non pas comme un idéal lointain, mais comme une construction concrète et souveraine.

Maitre Bakary Coulibaly
Expert Judiciaire, agréé aupres des cours et tribunaux du Mali
SGA de l’Ordre des Experts Judiciaires du Mali.

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